Réduire les céréales sans rompre la tradition
Omar Aziz
Omar Aziz
Publié le 10 avril 2023
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Réduire les céréales sans rompre la tradition

Une archéologie du goût

Il y a une idée reçue tenace qui voudrait que la cuisine levantine soit indissociable du pain pita et du riz. Mais si l'on regarde l'histoire avec un oeil attentif, on découvre une réalité bien différente. Avant l'industrialisation massive et la standardisation des cultures, notre alimentation était centrée sur ce que la terre offrait de plus direct : les légumes sauvages, les herbes aromatiques, les légumineuses (consommées avec parcimonie) et les protéines grillées. Le pain était présent, certes, mais il était rustique, complet, et surtout, il n'était jamais la fondation du repas. Il servait d'outil, de cuillère comestible, pas de remplissage systématique.

En réduisant les céréales aujourd'hui, je ne fais pas table rase de mon héritage. Au contraire, je procède à une véritable archéologie du goût. Je gratte la couche superficielle des habitudes modernes pour retrouver l'essence même de ce qui nous a nourris pendant des millénaires. La cuisine levantine authentique est une cuisine de la terre et du soleil, pas une cuisine de la minoterie. Revenir à cette base, c'est rétablir une vérité biologique et culturelle que nous avons trop longtemps ignorée.

L'invasion du vide

Ce qui a radicalement changé au cours des dernières décennies, c'est la nature même des céréales que nous consommons. Les pains modernes — blancs, gonflés, souvent additionnés de sucre et d'additifs pour rester moelleux — n'ont plus rien à voir avec les galettes ancestrales. Ils sont devenus le centre de l'assiette parce qu'ils sont bon marché et addictifs. Ils ont pris la place des légumes et des herbes, créant une illusion d'abondance qui cache une réelle pauvreté nutritionnelle.

Cette invasion du vide a eu un impact dévastateur sur notre santé métabolique. En devenant dépendants de ces glucides rapides, nous avons perdu la stabilité énergétique qui caractérisait nos ancêtres. Réduire ces céréales modernes, c'est simplement enlever une couche de vernis industriel pour laisser réapparaître le bois précieux de notre tradition culinaire. C'est un acte de résistance contre la standardisation du goût et pour la sauvegarde de notre vitalité.

La validation des anciens

Quand je cuisine sans pain ou avec très peu de céréales, je me demande souvent ce qu'en penserait ma grand-mère. Et je suis convaincu qu'elle sentirait la vérité de ma démarche. Elle reconnaîtrait immédiatement l'odeur du zaatar frais, la texture des aubergines brûlées au feu de bois, la richesse de l'huile d'olive pressée à froid. Elle dirait : 'Oui, c'est exactement comme cela que nous mangions à la campagne, quand le pain était rare et précieux'.

Ce retour honnête n'est pas une régression, c'est une évolution consciente. C'est utiliser les connaissances modernes sur le métabolisme pour valider des pratiques anciennes qui avaient du sens. Nous n'avons pas besoin de rejeter notre culture pour être en bonne santé ; nous avons juste besoin de la comprendre en profondeur. La tradition n'est pas un dogme figé, c'est un fleuve qui coule et qui s'adapte. En réduisant les céréales, nous permettons à ce fleuve de retrouver son lit originel.

L'essence préservée

Le secret d'une transition réussie vers une alimentation low-carb dans une culture riche en traditions, c'est de savoir distinguer l'accessoire de l'essentiel. L'essence de la cuisine levantine, ce n'est pas le blé. C'est le partage, c'est la lumière du soleil capturée dans une tomate mûre, c'est la chaleur humaine autour d'une table, c'est le travail des mains qui préparent les herbes. Tout cela reste intact, même sans pain pita.

Cette continuité est ce qui rend mon approche durable. Je ne me sens jamais en rupture avec ma communauté ou mon histoire. Je participe simplement à la restauration d'un équilibre qui a été rompu par l'industrialisation. En protégeant l'essence, nous protégeons notre identité tout en améliorant notre santé. C'est une forme de respect qui va bien au-delà de l'assiette ; c'est un respect pour la vie elle-même.

Choisir la vie plutôt que l'habitude

En fin de compte, la question n'est pas de savoir si nous devons manger du pain ou non. La question est de savoir si nous voulons être en bonne santé, vibrants et présents à notre vie. Si les céréales modernes nous empêchent d'atteindre cet état, alors nous devons avoir le courage de les réduire, tout en honorant la beauté de notre culture.

Je vous invite à redécouvrir la richesse de la table levantine sans le filtre des féculents. Laissez les herbes, les épices et les bonnes graisses vous raconter leur histoire. Vous verrez que la tradition est bien plus vaste et généreuse que ce que l'on nous a appris. La santé est un héritage que nous devons cultiver avec soin, pour nous-mêmes et pour ceux qui viendront après nous. Bon appétit, dans le respect et la clarté.

Recettes du chef Omar Aziz

Tajine poulet citron olives
Tajine poulet citron olives

Poulet mijoté au citron confit, olives et gingembre pour un tajine marocain parfumé et généreux.

Brochettes agneau herbes maroc
Brochettes agneau herbes maroc

Brochettes d'agneau marinées à la coriandre, cumin et citron vert, parfumées et épicées, idéales pour un repas convivial.

Wraps de laitue au boeuf épicé
Wraps de laitue au boeuf épicé

Feuilles de laitue garnies d'un hachis de boeuf parfumé aux épices, légumes croquants et sauce crémeuse faible en glucides; version 'tacos' adaptée au céto.

Omar Aziz Egypt

Chef Omar Aziz

Égypte

Racines levantines

Mezze aux herbes et préparations grillées fumées retravaillées pour réduire les glucides.