Avant le ceto, il y avait la structure
Leena Choi
Leena Choi
Publié le 6 mars 2025
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Avant le ceto, il y avait la structure

La reconnaissance d'une vérité ancienne

Quand j'ai découvert les principes de l'alimentation cétogène et du low-carb, je n'ai pas eu l'impression d'apprendre quelque chose de nouveau. J'ai eu l'impression de retrouver le langage de ma grand-mère. Dans les cuisines de Séoul, bien avant que les nutritionnistes occidentaux ne théorisent la cétose, nous pratiquions une forme de sagesse métabolique par pur instinct de survie et de goût. Le riz, bien que présent, n'était pas l'ogre qu'il est devenu dans l'alimentation moderne industrielle. Il était une base modeste, souvent mélangée à d'autres graines ou racines, et surtout, il était entouré d'une armée de légumes, de graisses saines et de protéines fermentées. Ce que nous appelons aujourd'hui 'keto' n'est que la redécouverte scientifique d'un équilibre que les cultures ancestrales avaient déjà stabilisé.

Cette structure traditionnelle n'était pas un 'régime' au sens moderne du terme — une restriction temporaire pour atteindre un but esthétique. C'était une manière d'habiter le monde. On ne comptait pas les glucides, on respectait la densité. On ne fuyait pas le gras, on le vénérait comme la source de la chaleur et de la force. En regardant en arrière, je réalise que la cuisine coréenne est, par essence, une cuisine de la stabilité. Elle vise à maintenir l'énergie constante pour le travail des champs ou la rigueur des hivers. Le ceto n'a rien inventé ; il a simplement mis des mots sur une réalité biologique que nos ancêtres ressentaient dans leurs muscles et leur clarté d'esprit.

L'amidon comme luxe, le végétal comme fondement

Historiquement, en Corée, les céréales raffinées étaient rares. Le peuple mangeait ce que la terre offrait : des racines, des herbes de montagne, des choux, des radis. Cette 'pauvreté' apparente était en réalité une richesse métabolique. En limitant naturellement les glucides rapides, nos ancêtres évitaient les maladies de civilisation qui nous accablent aujourd'hui. Le repas était construit sur le Namul (légumes assaisonnés) et le Kimchi (fermentations). Cette base végétale non féculente assurait une satiété durable et un microbiote robuste. Le riz n'était qu'un accompagnement, pas le centre de gravité.

Aujourd'hui, nous avons inversé cette pyramide. Nous avons fait du sucre et de l'amidon le socle de notre alimentation, reléguant le vivant à la périphérie. Revenir à une approche low-carb, c'est simplement restaurer la hiérarchie naturelle. C'est remettre le végétal et la protéine au centre, là où ils ont toujours été pendant des millénaires. Ce n'est pas une révolution, c'est une restauration. En adoptant ce mode de vie, nous ne faisons pas un saut dans l'inconnu, nous rentrons à la maison. Nous retrouvons un fonctionnement métabolique pour lequel notre corps a été conçu par des siècles d'évolution.

L'or liquide de la tradition

Dans la cuisine coréenne ancienne, aucune graisse n'était gaspillée. Le gras de porc, le suif de boeuf, les huiles de graines pressées à la main... ces sources d'énergie étaient précieuses. On comprenait intuitivement que le gras était le vecteur de la saveur et le garant de la satiété. Une soupe sans une pellicule d'huile dorée à sa surface était considérée comme pauvre, incapable de nourrir réellement. Cette valorisation des lipides est au coeur du cadre keto. Nous redécouvrons que le gras n'est pas l'ennemi, mais le carburant le plus propre et le plus efficace pour notre cerveau et nos muscles.

Ce qui est fascinant, c'est la manière dont nous marions ces graisses avec des agents de digestion. Le gingembre, l'ail, les piments et les fermentations acides ne sont pas là par hasard. Ils sont les partenaires métaboliques des lipides. Ils aident le corps à les émulsionner et à les absorber sans lourdeur. C'est cette intelligence culinaire qui manque souvent aux approches keto modernes, parfois trop simplistes. La tradition nous enseigne que pour manger gras et rester en bonne santé, il faut manger vivant et épicé. C'est une leçon de synergie nutritionnelle que nous devons réapprendre pour réussir notre transition métabolique.

Le pont entre les époques

S'il y a un élément qui prouve que le ceto existait avant le mot, c'est la fermentation. Le Kimchi, le Doenjang (pâte de soja), le Ganjang (sauce soja)... ces aliments sont des miracles de conservation et de santé. En transformant les sucres naturels des légumes en acides organiques grâce aux bactéries, la fermentation réduit la charge glycémique tout en multipliant les nutriments. C'est le low-carb par excellence : on retire le sucre et on ajoute de la vie. Nos ancêtres ne savaient pas ce qu'était un probiotique, mais ils savaient qu'un bocal de légumes fermentés était la clé d'un hiver sans maladie.

Cette pratique nous relie à une lignée de femmes et d'hommes qui ont survécu grâce à leur compréhension des cycles naturels. En intégrant ces aliments dans notre quotidien moderne, nous activons une mémoire biologique. Notre corps reconnaît ces saveurs acides et profondes. Il sait comment les utiliser pour stabiliser notre glycémie et renforcer notre immunité. La fermentation est la preuve vivante que la sagesse ne se démode jamais. Elle est le fil d'or qui relie le passé ancestral au futur de la nutrition personnalisée.

Habiter sa tradition

Adopter une alimentation pauvre en glucides n'est pas un acte de privation, c'est un acte de reconnexion. C'est refuser les illusions de la modernité industrielle pour embrasser les réalités de notre biologie. La cuisine coréenne nous offre un modèle complet, éprouvé par le temps, pour vivre cette transition avec plaisir et élégance. Nous n'avons pas besoin de nouveaux produits 'keto' emballés dans du plastique ; nous avons besoin de retourner dans nos cuisines, de manipuler des ingrédients réels et de respecter les structures qui ont fait leurs preuves.

Avant le ceto, il y avait la vie. Une vie rythmée par les saisons, nourrie par la terre et stabilisée par la sagesse. En retrouvant cette structure, nous ne faisons pas que perdre du poids ou améliorer nos marqueurs de santé. Nous retrouvons notre place dans une lignée humaine. Nous redevenons des êtres souverains de leur propre énergie. Et c'est, au final, la seule véritable destination de ce voyage culinaire.

Recettes du chef Leena Choi

Pad Thai légère sans cacahuète
Pad Thai légère sans cacahuète

Version allégée du pad thaï, nouilles de chou‑fleur sautées avec crevettes, œuf, tamari et citron vert pour retrouver les saveurs thaïlandaises sans cacahuètes ni excès de glucides.

Salade niçoise revisitée
Salade niçoise revisitée

Version allégée en glucides de la salade niçoise: thon frais ou en conserve, oeufs, olives, haricots verts croquants et une vinaigrette à l'huile d'olive.

Salade cœur de palmier cacahuète
Salade cœur de palmier cacahuète

Salade fraîche de cœurs de palmier à la sauce cacahuète légère, citron vert et herbes thaïes, croquante et parfumée en accompagnement ou en plat léger.

Leena Choi South Korea

Chef Leena Choi

Corée du Sud

Coréen-Moderne

Les saveurs fermentées et les cornichons rapides rencontrent des échanges à faible teneur en glucides et un placage propre.