Réduction naturelle des glucides par le territoire
Mateo Rueda
Mateo Rueda
Publié le 24 août 2025
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Réduction naturelle des glucides par le territoire

La terre comme dictateur bienveillant

Je n'ai jamais vraiment eu le luxe de choisir ce que je mangeais en fonction de mes envies ou des tendances du moment. Dans les Andes, la terre choisit pour vous. Elle est un dictateur, certes, mais un dictateur bienveillant qui connaît mieux que quiconque les besoins de ses enfants. À l'altitude où j'ai grandi, les cycles de la nature sont courts et brutaux. Les céréales qui demandent de la chaleur et de longues périodes de croissance, comme le blé ou le maïs de plaine, ne peuvent pas survivre ici. Les farines blanches et les sucres raffinés sont des étrangers, des produits d'importation qui n'ont aucune racine dans notre sol rocailleux. Ce qui pousse ici, ce sont des végétaux robustes, des herbes résilientes et des animaux capables de transformer l'herbe rase en muscle et en gras. C'est notre réalité brute, notre horizon culinaire.

Il s'avère que cette limitation géographique, que certains pourraient voir comme une pauvreté, est en réalité une bénédiction métabolique. Le terrain, en refusant de supporter la culture massive des glucides, nous a naturellement poussés vers une alimentation riche en protéines et en graisses. Ce n'est pas une coïncidence si les peuples des montagnes sont souvent les plus robustes. La logique du territoire impose une manière de manger qui correspond exactement à ce que la science moderne appelle aujourd'hui le 'low-carb' ou le 'ceto'. Mais pour nous, ce n'est pas un régime, c'est simplement la réponse logique à ce que le paysage nous offre. En acceptant cette contrainte, nous avons découvert une santé et une vitalité que l'abondance artificielle des plaines a tendance à étouffer.

Adaptation ancestrale

Mes ancêtres ont habité ces sommets pendant des millénaires. Ils n'ont pas 'choisi' un mode d'alimentation après avoir lu des études cliniques ; ils se sont adaptés. Cette adaptation s'est faite au fil des générations, gravant dans notre ADN une préférence pour les carburants denses et stables. Notre physiologie s'est alignée sur le territoire. Le corps andin est une machine optimisée pour brûler les graisses et utiliser les protéines avec une efficacité redoutable. L'absence de céréales raffinées n'a jamais été vécue comme une privation, car le corps ne les réclamait pas. Il réclamait la substance, la chaleur et l'énergie durable que seuls les produits de l'élevage et les végétaux de montagne peuvent fournir.

C'est un point fondamental : ce que nous mangeons est la continuation d'une adaptation multigénérationnelle. Quand je refuse le pain ou le sucre, je ne fais pas que suivre une règle diététique, je respecte un héritage biologique. Mon corps prospère avec une alimentation pauvre en glucides parce que c'est ainsi qu'il a été forgé par les siècles de vie en altitude. Ignorer cette réalité, c'est se mettre en conflit avec sa propre nature. En revenant aux aliments de mon terroir, je retrouve une harmonie intérieure, une sensation de 'justesse' que les produits industriels ne pourront jamais m'offrir. C'est une réconciliation avec le temps long de l'évolution.

Disponibilité comme sagesse

Le territoire détermine la disponibilité, et la disponibilité forge la sagesse culinaire. À haute altitude, on apprend à valoriser chaque ressource. On élève les lamas, les alpagas et les moutons parce qu'ils sont les seuls à pouvoir transformer les pâturages d'altitude en nourriture noble. On cultive des légumes racines qui supportent le gel et des herbes qui concentrent leurs arômes pour survivre au soleil brûlant de la journée et au froid glacial de la nuit. Le résultat est une cuisine construite autour de ce qui existe réellement, ici et maintenant. C'est une cuisine de l'immédiateté et de la vérité, où l'artifice n'a pas sa place.

Je remarque souvent que lorsque les gens commencent à importer des aliments qui ne sont pas de leur territoire — des céréales transformées, des huiles végétales industrielles, des sucres cachés — leur santé décline rapidement. C'est comme si le corps reconnaissait que ces substances sont des 'intrus' qui ne correspondent pas à son éducation ancestrale. En mangeant ce qui est disponible localement et naturellement, on s'assure une compatibilité biologique maximale. La sagesse ne consiste pas à vouloir tout manger tout le temps, mais à manger ce qui a un sens là où l'on se trouve. C'est cette connexion intime entre le sol et l'assiette qui garantit la pérennité de notre bien-être.

Respect du lieu

Cuisiner sans imposer sa volonté contre le territoire est une forme de respect profond, presque spirituel. Ce n'est pas une restriction, c'est une acceptation du réel. Quand on cesse de vouloir que la montagne produise ce qu'elle ne peut pas donner, on commence à voir la richesse incroyable de ce qu'elle offre déjà. On découvre la saveur unique d'une viande élevée à l'air pur, la complexité d'une herbe sauvage, la texture parfaite d'un légume rôtis dans les cendres. Ce réel est déjà optimal. Il n'a pas besoin d'être 'amélioré' par la technologie agroalimentaire ou par des additifs chimiques.

Les anciens qui ont vécu sainement et longtemps dans ces conditions extrêmes l'ont fait en écoutant la terre. Ils n'ont pas cherché à imposer une agriculture intensive ou à dépendre de convois de nourriture venant de loin. Ils ont cuisiné avec ce qui était là, respectant les saisons et les limites du paysage. Ce respect du lieu se traduit par une santé robuste et une clarté d'esprit. En adoptant une alimentation pauvre en glucides, nous ne faisons que retrouver ce respect. Nous cessons de demander à notre corps de traiter des substances pour lesquelles il n'est pas fait, et nous lui redonnons la nourriture qui l'a construit.

Pour ceux qui découvrent ce chemin

Si vous vivez loin des sommets andins, dans une ville moderne ou une plaine fertile, vous n'avez pas besoin de rejeter votre propre environnement. Mais vous pouvez apprendre de notre logique. Regardez ce qui pousse naturellement autour de vous, ce qui prospère sans artifice, ce que les éleveurs locaux produisent avec passion. Vous découvrirez probablement que cette approche vous mène, elle aussi, vers une alimentation plus simple, plus dense et plus pauvre en glucides raffinés. Car la nature, partout où elle est respectée, tend vers l'équilibre et la densité nutritionnelle. Le sucre et l'amidon en excès sont presque toujours le résultat d'une intervention humaine qui a rompu le lien avec le territoire.

Le territoire ne ment jamais. Il est le miroir de nos besoins réels. En apprenant à l'écouter, vous apprendrez à mieux vous connaître. Vous découvrirez que la satiété ne vient pas de la quantité, mais de la justesse de l'aliment par rapport à votre environnement. Que vous soyez dans les Andes ou ailleurs, le chemin vers la santé est le même : un retour à l'essentiel, un respect des cycles naturels et une célébration de la nourriture vraie. Écoutez votre terre, écoutez votre corps, et vous verrez que manger bien devient une évidence, un acte de gratitude quotidien envers la vie qui nous porte.

Recettes du chef Mateo Rueda

Steak grillé au chimichurri
Steak grillé au chimichurri

Entrecôte ou faux-filet grillé servie avec une sauce chimichurri herbacée et acidulée; plat riche en protéines et graisses saines, très faible en glucides.

Chips de parmesan croustillantes & dip yaourt-aneth
Chips de parmesan croustillantes & dip yaourt-aneth

Des chips ultra-croustillantes de parmesan, servies avec un dip léger au yaourt et à l'aneth — parfait pour l'apéritif keto ou en accompagnement.

Gâteau léger à la noix de coco
Gâteau léger à la noix de coco

Gâteau moelleux à la noix de coco, faible en glucides et sans farine de blé.

Mateo Rueda Colombia

Chef Mateo Rueda

Colombie

Influence andine

Les racines et le grill sont combinés avec des sauces aux herbes brillantes et des accompagnements faibles en glucides.