Partager sans excès
Jamilah Owusu
Jamilah Owusu
Publié le 17 juillet 2023
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Partager sans excès

Le rituel du partage

En Afrique, la table n'est pas seulement un meuble où l'on pose des assiettes ; c'est le coeur battant de la vie sociale, le lieu où les familles se soudent et où les amitiés se forgent. Nous avons cette tradition magnifique du plat commun, où chacun pioche avec respect et convivialité. C'est un moment de partage absolu. Mais ce partage a souvent été associé à une consommation excessive de féculents, car le riz ou le fufu servaient de base pour 'étirer' le repas et nourrir le plus grand nombre. Dans ma démarche low-carb, je ne cherche pas à briser ce rituel, mais à le purifier. Je veux que le partage reste au centre, mais qu'il devienne un vecteur de santé plutôt qu'un fardeau métabolique.

Partager sans excès, c'est réapprendre à savourer l'essentiel. Au lieu d'une montagne de riz blanc, je propose une multitude de petits plats : des ragoûts de légumes-feuilles, des poissons grillés, des viandes braisées aux épices. Le geste de piocher ensemble demeure, mais ce que l'on porte à sa bouche est dense, nutritif et vibrant. Cette nouvelle manière de partager demande une éducation du regard. Il faut accepter que l'abondance ne se mesure pas au volume, mais à la diversité et à la qualité. C'est une transition culturelle profonde, mais elle est nécessaire pour préserver la vitalité de nos communautés.

L'élégance de la variété

L'hospitalité africaine, ce que nous appelons 'Akwaaba' au Ghana, est une valeur sacrée. On ne peut pas recevoir quelqu'un sans lui offrir à manger. Mais la générosité ne doit pas être synonyme de surcharge glycémique. Je montre à ma famille et à mes amis que l'on peut être extrêmement généreux en proposant des produits d'exception. Servir un agneau de qualité supérieure, mariné pendant 24 heures dans un mélange de Yaji et d'huile de palme, est un acte de respect bien plus grand que de servir un plat de riz industriel. L'abondance se trouve dans le soin apporté à la préparation, dans la recherche de l'équilibre parfait entre les épices, et dans la fraîcheur des produits.

Cette 'abondance mesurée' permet de redécouvrir le plaisir de la dégustation. On ne mange plus pour se remplir le ventre le plus vite possible ; on mange pour explorer des saveurs. On discute de la texture d'un gombo, de la chaleur d'un piment, de la douceur d'un oignon confit. Le repas devient un dialogue. En multipliant les sources de protéines et de bons lipides, on assure une satiété durable qui ne nécessite pas de 'remplissage' par l'amidon. C'est une forme de luxe accessible : celui de manger moins, mais infiniment mieux. C'est ainsi que je conçois la table africaine moderne : une table de gourmets conscients.

La fin du 'coma' post-prandial

Nous connaissons tous cette sensation après un grand repas de fête traditionnel : une léthargie pesante, une envie irrésistible de dormir, un esprit embrumé. C'est le fameux 'carb coma'. Dans nos célébrations, cela signifie souvent que la fête s'arrête juste après le repas. En proposant une alternative low-carb, je redonne de l'énergie à nos rassemblements. Les gens quittent la table alertes, joyeux et prêts à danser ou à discuter pendant des heures. La convivialité devient 'claire'. On est pleinement présent à l'autre, sans la barrière de la fatigue digestive.

Cette clarté change la dynamique des échanges. Les conversations sont plus vives, les rires plus francs. On ne subit plus son repas, on le célèbre. C'est un don inestimable que l'on fait à ses invités : leur permettre de profiter de la fête jusqu'au bout. J'ai vu des aînés retrouver une vitalité qu'ils pensaient perdue, simplement en changeant la composition de leur assiette lors de nos réunions de famille. C'est la preuve que la nourriture est notre premier médicament. Partager un repas sain, c'est partager de la vie en barre.

Respecter l'ingrédient

Nos grands-mères avaient une sagesse innée : on ne gaspille pas la nourriture. Mais cette sagesse a été dévoyée par l'idée qu'il faut 'finir son assiette' même si l'on n'a plus faim. Dans ma cuisine, je prône le respect de l'ingrédient par la juste mesure. Manger moins de viande, mais de la viande de meilleure qualité. Manger plus de légumes, mais des légumes de saison. C'est une forme d'humilité face à ce que la terre nous offre. En réduisant les quantités massives d'amidon, nous réduisons aussi le gaspillage alimentaire, car nous sommes plus attentifs à ce que nous consommons.

Cette approche demande de réapprendre à écouter son corps au milieu du groupe. Ce n'est pas parce que le plat est commun que l'on doit manger sans réfléchir. On apprend à se servir avec discernement, à apprécier chaque bouchée. C'est une éducation du goût qui profite à toute la communauté. En valorisant la qualité sur la quantité, nous valorisons aussi le travail de ceux qui produisent notre nourriture. La table devient un lieu de respect mutuel : respect du cuisinier, respect du producteur et respect de son propre métabolisme.

Être un ambassadeur de santé

En tant que cheffe, je me sens investie d'une mission de transmission. Je ne veux pas seulement servir de bons plats ; je veux montrer un chemin vers une santé durable pour ma communauté. Expliquer à mes tantes pourquoi je ne sers pas de riz jollof à chaque repas demande de la diplomatie et beaucoup d'amour. Je ne le fais pas par dogmatisme, mais parce que je veux les voir en bonne santé le plus longtemps possible. Je leur montre mes propres résultats : mon énergie, ma peau, mon poids stable. Les résultats sont le meilleur argument.

Peu à peu, les mentalités changent. On commence à me demander mes recettes de 'cauliflower rice' ou mes secrets pour des ragoûts de feuilles sans amidon. C'est une victoire silencieuse. Partager sainement, c'est partager intelligemment. C'est dire à ceux que l'on aime : 'Je vous considère assez pour préparer quelque chose qui vous nourrit vraiment, sans vous rendre malades'. C'est une nouvelle forme de générosité, plus profonde et plus durable. La cuisine africaine a tout à gagner à cette évolution. Elle garde son âme, sa chaleur et son sens du partage, mais elle y ajoute une dimension de soin et de respect de la vie qui la rendra éternelle.

Recettes du chef Jamilah Owusu

Enom végétarien d herbes
Enom végétarien d herbes

Enom végétarien, salade légère d'herbes fraîches et d'huile d'olive relevée d'un soupçon de piment, adaptation végétale d'un accompagnement ouest‑africain.

Gnaché au poisson coco
Gnaché au poisson coco

Ragoût sénégalais de poisson au lait de coco épicé, rehaussé de citron vert pour une sauce onctueuse et parfumée.

Panna cotta au mascarpone et vanille
Panna cotta au mascarpone et vanille

Panna cotta onctueuse préparée avec mascarpone et crème, légèrement sucrée avec un édulcorant céto, parfumée à la vanille.

Jamilah Owusu Ghana

Chef Jamilah Owusu

Ghana

Afrique de l’Ouest-Moderne

Ragoûts vibrants et protéines grillées rééquilibrées pour un mode de vie faible en glucides.