Avant les régimes, il y avait le feu
Jamilah Owusu
Jamilah Owusu
Publié le 9 octobre 2025
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Avant les régimes, il y avait le feu

La réalité biologique de nos ancêtres

Aujourd'hui, nous sommes obsédés par les étiquettes : 'keto', 'paleo', 'low-carb', 'intermittent fasting'. Nous avons besoin de ces mots pour nous repérer dans le chaos nutritionnel moderne. Mais en Afrique, avant que ces termes n'existent, il y avait simplement la vie. Personne ne comptait les macronutriments dans les villages de mes ancêtres. Personne ne s'inquiétait de son taux d'insuline. On mangeait ce que la nature offrait, selon les saisons, et on cuisait avec l'élément le plus pur qui soit : le feu. Cette réalité biologique, que la science moderne tente aujourd'hui de codifier, était notre état naturel. Nous vivions dans un équilibre métabolique parfait, non pas par choix idéologique, mais par nécessité et par observation.

Nos ancêtres étaient naturellement en cétose une grande partie de l'année, alternant entre des périodes d'abondance de protéines et de graisses et des périodes de jeûne involontaire. Leur corps était une machine flexible, capable de tirer de l'énergie de n'importe quelle source disponible. Les maladies de civilisation — le diabète, l'hypertension, l'obésité — étaient quasiment inconnues. Ce n'était pas parce qu'ils suivaient un 'régime', mais parce qu'ils n'avaient pas encore été exposés aux poisons de la modernité : les sucres raffinés, les farines blanches et les huiles végétales industrielles. En revenant à une alimentation pauvre en glucides, nous ne faisons pas une innovation ; nous faisons une restauration.

La pureté de la flamme

Le feu est le premier cuisinier de l'humanité. Il impose une discipline que les cuisines modernes ont tendance à oublier. Sur un feu de bois ou de charbon, on ne peut pas tricher. On grille, on rôtit, on braise. Ces méthodes de cuisson sont intrinsèquement saines. Elles ne nécessitent pas d'enrobages de farine, de chapelure ou de sauces sucrées pour être savoureuses. Le feu exalte le goût naturel de la viande, du poisson et des légumes. Il apporte cette note fumée, cette réaction de Maillard primitive qui satisfait nos instincts les plus profonds. Le feu est un outil de purification : il élimine le superflu pour ne garder que l'essence.

Dans ma cuisine, je cherche à retrouver cette honnêteté de la flamme. Lorsque je prépare un poulet braisé ou un poisson grillé, je laisse le feu faire son travail. Je n'ai pas besoin d'épaississants artificiels ou de rehausseurs de goût. La chaleur intense et la fumée créent une complexité aromatique qui se suffit à elle-même. C'est une leçon de simplicité. Le feu nous apprend que la qualité de l'ingrédient et la justesse de la cuisson sont les seuls véritables secrets de la gastronomie. En nous éloignant du feu pour des modes de cuisson plus 'sophistiqués', nous avons souvent perdu le contact avec la réalité nutritionnelle de nos aliments.

L'observation comme science

Ma grand-mère n'a jamais lu une étude scientifique sur la glycémie, mais elle était une experte en observation métabolique. Elle savait quels aliments donnaient de la force pour les travaux des champs et lesquels rendaient les enfants agités ou fatigués. Elle privilégiait les graisses animales et les huiles de pression artisanale parce qu'elle voyait qu'elles assuraient une satiété durable. Elle utilisait des herbes amères et des épices puissantes parce qu'elle comprenait leur rôle dans la digestion et la vitalité. C'était une science de l'expérience, transmise de génération en génération, sans avoir besoin de nomenclature complexe.

Cette sagesse sans intention est ce qui me guide aujourd'hui. Je ne cuisine pas 'keto' pour suivre une tendance ; je cuisine ainsi parce que je vois les résultats sur mon propre corps et sur celui de mes clients. Je vois la clarté d'esprit revenir, l'énergie se stabiliser, les douleurs inflammatoires disparaître. C'est la validation par la vie. En honorant les méthodes de ma grand-mère, je me reconnecte à une lignée de femmes qui savaient nourrir le monde avec intelligence et amour. Elles n'avaient pas besoin de plans alimentaires ; elles avaient le bon sens et le respect de la nature.

Décoloniser l'assiette

Adopter une alimentation low-carb en Afrique est souvent perçu comme une influence occidentale. C'est tout le contraire. C'est un acte de décolonisation mentale. C'est rejeter les produits qui nous ont été imposés par le commerce mondial — le blé, le sucre, les huiles de soja — pour revenir à nos propres racines. Nos ancêtres ne mangeaient pas de pain blanc ni de riz poli à chaque repas. Ils mangeaient des racines locales en quantité modérée, des légumes-feuilles en abondance et des protéines de qualité. En revenant à ce schéma, nous ne rompons pas avec notre culture ; nous la restaurons dans sa forme la plus pure.

Cette continuité est une source de fierté immense. Elle nous permet de dire que notre héritage est non seulement délicieux, mais qu'il est aussi la solution aux problèmes de santé modernes. Nous n'avons pas besoin de chercher des réponses ailleurs ; elles sont déjà là, dans nos traditions, dans nos marchés, dans nos cuisines de village. Il suffit de les regarder avec un oeil neuf, débarrassé des préjugés de la modernité. La cuisine africaine low-carb est une cuisine de résistance et de célébration. Elle affirme que nous savons ce qui est bon pour nous, parce que nous l'avons toujours su.

Au-delà de la nutrition

Enfin, le feu a une dimension spirituelle et sociale que les régimes modernes ignorent totalement. Autour du feu, on raconte des histoires, on chante, on crée du lien. Cette 'nourriture sociale' est tout aussi importante que les nutriments dans l'assiette. Un repas partagé dans la joie et la sérénité se digère mieux qu'un repas pris dans le stress et la solitude. Le feu crée une atmosphère de sécurité et de complétude. En ramenant l'esprit du feu dans ma cuisine contemporaine, je cherche à recréer cet espace de connexion.

La santé n'est pas seulement une affaire de macros et de micros ; c'est une affaire d'équilibre global. Une alimentation qui respecte notre biologie, préparée avec amour et partagée dans la convivialité, est le remède ultime. Avant les régimes, il y avait le feu, et avec le feu, il y avait la communauté. C'est cet ensemble que je veux transmettre. En mangeant comme nos ancêtres, nous ne faisons pas que soigner notre corps ; nous nourrissons notre âme et nous renforçons les liens qui nous unissent. Le feu brûle toujours en nous, il suffit de lui redonner le bon carburant pour qu'il brille de mille feux.

Recettes du chef Jamilah Owusu

Gnaché au poisson coco
Gnaché au poisson coco

Ragoût sénégalais de poisson au lait de coco épicé, rehaussé de citron vert pour une sauce onctueuse et parfumée.

Brochettes de tilapia épicéees
Brochettes de tilapia épicéees

Brochettes de tilapia marinées aux épices et grillées rapidement, offrant une saveur marine et légèrement fumée inspirée des côtes ouest‑africaines.

Yassa de poulet légère
Yassa de poulet légère

Version allégée du yassa, poulet mariné au citron, aux oignons et à la moutarde, mijoté jusqu'à concentration des saveurs et servi sans riz pour rester pauvre en glucides.

Jamilah Owusu Ghana

Chef Jamilah Owusu

Ghana

Afrique de l’Ouest-Moderne

Ragoûts vibrants et protéines grillées rééquilibrées pour un mode de vie faible en glucides.