La saison impose la mesure
Yuki Tanaka
Yuki Tanaka
Publié le 17 janvier 2024
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La saison impose la mesure

Le concept de Shun

Au Japon, nous ne nous contentons pas de manger ce qui est disponible ; nous célébrons le 'Shun'. Le Shun est ce moment précis, souvent fugace, où un ingrédient atteint le sommet de sa saveur, de sa texture et de sa valeur nutritionnelle. C'est l'instant où la nature nous offre sa quintessence. Respirer avec les saisons, c'est accepter que notre alimentation ne soit pas une ligne droite monotone, mais un cycle vivant. Le printemps nous apporte l'amertume des jeunes pousses pour réveiller notre corps de sa torpeur hivernale. L'été nous offre l'eau et les minéraux des concombres et des aubergines pour nous rafraîchir. L'automne nous prépare au froid avec la richesse des champignons et des poissons gras. L'hiver nous ancre avec la profondeur des racines et des bouillons chauds.

Cette respiration naturelle n'est pas seulement une tradition poétique ; c'est une nécessité biologique. Notre métabolisme n'est pas le même en juillet qu'en janvier. En hiver, notre corps réclame naturellement plus de graisses et de protéines pour maintenir sa température interne. En été, il cherche la légèreté et l'hydratation. En suivant le rythme des saisons, nous fournissons à notre organisme exactement ce dont il a besoin au moment où il en a besoin. C'est une forme d'intelligence intuitive qui nous évite de forcer notre système avec des aliments qui ne sont pas en phase avec notre environnement immédiat.

La force de la contrainte

La modernité nous a habitués à l'illusion de l'abondance permanente. Nous pouvons manger des fraises en décembre et des courges en juin. Mais cette absence de limites a un prix : la perte de l'intention. Quand tout est disponible tout le temps, nous mangeons sans réfléchir, poussés par des envies artificielles. Au contraire, la saisonnalité impose une mesure naturelle. Si vous ne mangez que ce qui pousse localement et de saison, vos options sont limitées. Et cette limitation est une bénédiction pour votre santé métabolique. Elle vous empêche de surcharger votre corps avec des sucres et des glucides qui ne devraient pas être là.

Dans une cuisine guidée par les saisons, les féculents lourds et les sucres raffinés perdent leur place centrale. On ne cherche pas à compenser le manque de saveur d'une tomate d'hiver par du sucre ou des sauces grasses ; on attend simplement l'été pour savourer la tomate parfaite. Cette discipline de l'attente renforce notre volonté et affine notre palais. On apprend à apprécier la subtilité d'un radis d'hiver ou la délicatesse d'une asperge de printemps. La contrainte saisonnière crée une clarté d'intention : on cuisine avec ce que la terre nous donne, avec respect et parcimonie.

L'esthétique du moment présent

Il y a une dignité profonde dans le fait d'accepter l'impermanence des choses. Le fait qu'un ingrédient ne soit disponible que pendant quelques semaines lui confère une valeur inestimable. Cela crée une attention particulière lors de sa préparation et de sa consommation. On ne mange pas un bourgeon de bambou de printemps comme on mange un produit industriel ; on le mange avec la conscience que c'est un cadeau éphémère de la nature. Cette esthétique du moment présent, que nous appelons 'Wabi-Sabi', nous éloigne de la consommation compulsive.

Cette attention portée à la temporalité se traduit par une réduction naturelle des portions. On n'a pas besoin de manger en grande quantité quand chaque bouchée est chargée de sens et de saveur. Le respect envers l'ingrédient saisonnier nous conduit à une forme de sobriété élégante. On préfère une petite quantité d'un produit d'exception à une montagne de nourriture médiocre. C'est ainsi que la saisonnalité devient un outil de régulation métabolique : elle nous apprend la juste mesure par l'appréciation de la qualité.

La pharmacopée de la nature

La nature est la plus grande des pharmaciennes. Ce qu'elle nous offre à chaque saison est précisément ce qui aide notre corps à s'adapter aux conditions climatiques. Les légumes amers du printemps, comme le fukinoto ou les pousses de fougère, stimulent le foie et aident à éliminer les toxines accumulées pendant l'hiver. Les concombres et les melons d'été, riches en eau et en potassium, préviennent la déshydratation et l'épuisement dû à la chaleur. Les racines d'hiver, denses et terreuses, nous apportent la stabilité et le réconfort nécessaires pour affronter le froid.

En alignant notre alimentation sur ces cycles, nous facilitons le travail de notre système digestif. Le corps reconnaît ces aliments et sait comment les traiter efficacement. Une alimentation low-carb saisonnière est donc doublement efficace : elle stabilise la glycémie tout en soutenant les fonctions naturelles de détoxification et de régulation thermique du corps. C'est une sagesse ancestrale qui n'a jamais eu besoin de graphiques ou de statistiques pour prouver son efficacité. Le corps le ressent immédiatement par un regain d'énergie et une sensation de légèreté.

L'antidote à l'excès

Manger selon les saisons cultive une gratitude constante. Chaque repas devient une occasion de remercier la terre pour sa générosité renouvelée. Cette gratitude est le meilleur remède contre l'excès et la gourmandise déréglée. Quand on est véritablement reconnaissant pour ce que l'on a dans son assiette, on n'éprouve pas le besoin de chercher une satisfaction illusoire dans des aliments transformés ou trop sucrés. On est comblé par la beauté et la justesse de ce qui est présent.

Au Japon, nous commençons chaque repas par 'Itadakimasu', une expression qui signifie 'je reçois humblement'. C'est une reconnaissance du sacrifice de la vie (animale ou végétale) et du travail de ceux qui ont préparé le repas. Cette attitude mentale change tout. Elle ralentit le rythme de la consommation, favorise la mastication et permet aux signaux de satiété de parvenir au cerveau. La gratitude nous rend conscients de nos besoins réels. Elle nous apprend que la véritable abondance ne réside pas dans la quantité, mais dans la qualité de notre connexion avec ce qui nous nourrit.

L'harmonie du macrocosme et du microcosme

Vivre en harmonie avec les saisons, c'est aligner notre microcosme (notre corps) sur le macrocosme (la nature). C'est retrouver notre place dans le grand cycle de la vie. En acceptant la mesure imposée par les saisons, nous retrouvons une santé robuste et un esprit serein. Une alimentation pauvre en glucides n'est pas une contrainte artificielle ; c'est un retour à la simplicité originelle, là où la saveur et la santé ne font qu'un.

Je vous encourage à regarder par votre fenêtre, à visiter vos marchés locaux et à écouter ce que la saison a à vous dire. Laissez-vous guider par les couleurs et les parfums du moment. Ne cherchez pas à dominer la nature, mais apprenez à danser avec elle. Dans cette danse, vous trouverez la juste mesure, l'énergie stable et la paix intérieure. La saison est votre guide le plus sage ; faites-lui confiance, et votre corps vous en remerciera.

Recettes du chef Yuki Tanaka

Poulet rôti au citron et à l'ail
Poulet rôti au citron et à l'ail

Un plat simple et savoureux, parfait pour un dîner en famille ou entre amis Le poulet est rôti à la perfection avec une peau croustillante et une chair juteuse, infusée des saveurs du citron et de l'ail, Ce classique revisité est idéal pour un régime keto grâce à l'utilisation d'ingrédients faibles en glucides.

Poulet au curry coco et épinards
Poulet au curry coco et épinards

Morceaux de poulet mijotés dans une sauce crémeuse au lait de coco et curry doux, servis sur un lit d'épinards sautés — faible en glucides et riche en graisses saines.

Surimono simple bouillon clair
Surimono simple bouillon clair

Soupe japonaise légère au dashi, shiitaké, gombos et tofu, délicate et réconfortante.

Yuki Tanaka Japan

Chef Yuki Tanaka

Japon

Japonais-Minimal

Assaisonnement délicat, coupes précises, accent mis sur l'umami et équilibre pour des repas faibles en glucides.